Des miniretraites

Laisser les craintes monter à la conscience et les regarder tranquillement
disparaître. C’est la pratique qu’inlassablement je tente. L’antenne n’est pas près de faire
grève. Sans doute, mental FM, sauf miracle, émettra jusqu’à ma mort. Comment
l’entendre sans devenir dingue ? Je comprends qu’elle fait partie du décor. Un peu
comme une musique d’ascenseur qui diffuse ses petits airs consternants. Que puis-je
faire pour l’arrêter ? Rien ! Il suffit seulement de ne pas se laisser divertir, de gentiment
la remettre à sa place 1000 fois par jour : « Cause tant que tu veux, aucun problème, soit
vraiment la bienvenue mais ne compte pas sur moi pour t’obéir au doigt et à l’œil ! ». Un
minuscule recul face à cette crapule de mental et c’est la détente. Dès que le poste radote
l’une de ces rengaines alarmantes, j’ai envie de le lancer par la fenêtre. Vite, me
débarrasser de ce fond sonore !
C’est un peu comme un squatter qui viendrait dans notre salon. Si nous le
nourrissons, comment voulons-nous qu’il décampe ? Si nous commençons à nous
montrer agressif et essayons de l’expulser manu militari, il y a fort à parier que le
bougre fera tout pour se cramponner au canapé. Mais que se passerait-il si nous ne lui
prêtions aucune attention ? Notre indifférence ou, mieux, notre détachement, ne
triompherait-il pas de l’importun ?
Avec la pratique, tout lieu peut nous donner l’occasion de plonger au fond de
nous-mêmes : arrêt de bus, queue dans un magasin, file d’attente, transport public… Et
ce n’est pas ces 1000 instruments de communication qui vont nous en empêcher. Voilà
proprement une révolution : descendre en soi à la première occasion ! Au début, il peut y
avoir des ratés. Même pas mal ! On ne tord pas le coup en un jour à l’hyperagitation.
Quand on freine, habituellement, l’ennui rapplique en courant… Mais ça vaut le
détour ! Me prescrire aussi souvent que possible des miniretraites pour rejoindre la
source, et sentir qu’il y a une vie plus humaine en nous, accessible ici et maintenant.

Extrait de « Vivre sans pourquoi »
Alexandre Jollien

Ed. L’Iconoclaste/Seuil